Marquée au Fer, mon cinquième roman…

Il y a des chemins sur lesquels on savoure chaque pas et dont on se délecte de tout ce que l’on rencontre sur son passage. Mais ce n’est qu’au bout d’un moment, lorsque l’on se retourne, que l’on prend le temps de réaliser. On prend alors véritablement la mesure de la distance parcourue et des étapes franchies.

Ce moment, il est arrivé lorsque j’ai feuilleté mon dernier né, Marquée au fer. Tout juste publié, pas encore en vente, je l’observe. Je caresse le papier, je le sous-pèse, je le retourne. Il est volumineux, le plus épais des cinq et ça me plait, c’est ainsi que je l’ai voulu. Je lis quelques lignes au hasard. Puis je commence par le début. Je me remémore cette photo de couverture, son histoire. Ma confrontation aux aléas du monde de l’édition. Et puis ce choix, assumé mais tout de même difficile de prendre la pose une nouvelle fois. Choix qui n’en était pas vraiment un d’ailleurs. Un souhait de mon Maître auquel je me suis bien sûr pliée. Comme pour Devenir Sienne et L’Esclave, lorsque je vois cette couverture, je repense au shooting, au traitement, à mes doutes. Quand on fait le choix d’écrire, on n’imagine pas forcément se montrer, même de simples bouts de soi. Ce bout-là fut sans nul doute le plus difficile à livrer des trois, mais aujourd’hui, je n’ai pas de regret.

Photo de couverture : David Billion

Je continue mon exploration. Je m’attarde sur le titre en noir sur fond blanc. Celui-ci m’était apparu un peu comme une évidence, après avoir longtemps appelé ce roman « Laura ». Il m’arrive d’ailleurs encore de le faire. Je voulais un titre qui ne laisse aucun doute, qui ne sonne pas « romance BDSM ». Un titre qui me permette de penser que mes lecteurs savent à quoi s’attendre. L’histoire d’Hantz et Laura a déjà été dévoilée dans Devenir Sienne, il n’était donc pas utile de garder le secret de cette cérémonie de Branding. Ce titre n’avait pas fait l’unanimité lorsque j’avais proposé quelques idées, mais malgré tout, il était à mes yeux, et à ceux de mon Maître, celui qui correspondait le mieux à ce livre.

Je tourne la page. « Je connais mes limites. C’est pourquoi je vais au-delà. » Serge Gainsbourg. Cette citation m’est apparu alors que je n’étais qu’au début de la rédaction de ce livre. Je savais que je mettrai une citation en début de livre, comme je l’ai fait avec les autres, mais je n’en avais pas encore cherché cherchées ni même réfléchi à la question. D’une certaine façon, je savais que lorsque j’aurai trouvé la bonne, je le saurai. Et c’est ce qui s’est passé. Ces mots collent parfaitement à l’état d’esprit de Laura. Ils sonnent aussi comme un avertissement, tout comme le titre Marquée au Fer. Dans ce livre, on va au-delà de beaucoup de limites. On le sait, mais on y va quand même. C’était un peu également, une façon de faire passer ce message.

Page suivante. Ma dédicace à mon Maître fait face aux premiers mots de la préface qu’Il a accepté d’écrire pour donner le ton de ce roman. Pour prévenir de la dureté de certains passages, mais aussi pour donner un avis plus personnel qui bien sur m’a profondément touchée. C’est pour moi une fierté intense que de lire Ses mots en prélude à mes romans. Chaque fois, je regarde les lettres de Son nom inscrites, noir sur blanc et je me dis que j’ai encore du mal à y croire. Mais je ne vais pas commencer à évoquer ici mon cheminement d’auteure, et le rôle majeur qu’Il y tient. Peut-être le ferais-je dans un autre article.

Je poursuis donc et m’attarde sur l’introduction qui débute. Celle-ci à une histoire toute particulière dans la construction de ce livre. Elle n’était pas prévue. D’ailleurs, au tout début, ce livre devait être construit sous la forme d’un journal intime. Mais j’ai rapidement changé de format pour pouvoir plus facilement rédiger les passages concernant Hantz. Quoi qu’il en soit, le branding ne devait être évoqué que bien plus tard. Pourtant, mon « début » ne me convenait pas, je voulais « frapper fort » tout de suite. Que mes lecteurs sachent à quoi s‘attendre dès les premières pages. C’est suite à une discussion quant au démarrage de l’histoire, que mon Maître m’a donné l’idée de commencer par la fin, en quelque sorte. J’ai repris cette idée et l’ai adaptée un peu à ce que je voulais faire, et ce passage est venu tout seul. Le genre d’inspiration soudaine que l’on voudrait bien plus souvent, lorsque l’on écrit ! J’ai souvent du mal à donner un avis sur mes mots, de peur peut être qu’on me juge prétentieuse ou autre, ou peut-être, encore, par manque de confiance en moi. Mais j’avoue que cette introduction, je l’adore. D’autant plus que ces mots se sont mêlés à ma réalité de soumise lors d’une lecture ordonnée. C’est à haute voix et agenouillée, que j’ai fait découvrir ce texte à mon Maître, et il y a comme ça, des moments où le contexte et tout un tas d’autres choses font qu’une sorte de magie se créée et que l’instant reste gravé. Mon Maître avait adoré et je me souviens encore de son sourire et de son regard. À chaque relecture, ce moment est là, chassant mes doutes et donnant du sens à ma plume.

Je sais que les dernières lignes de cette introduction, et l’âge de Laura, en feront bondir certain(e)s, mais encore une fois, c’était voulu. Dès les premières pages, en quelques sorte, tout est dit. Le lecteur sait à quoi s’attendre. Il n’y a pas de secret. Je n’ai pas véritablement choisi de mettre en avant une soumise aussi jeune, j’ai dû composer avec ce que j’avais déjà écrit dans Devenir Sienne, et vous pouvez me croire, ça n’a pas toujours été simple. Toutefois, il est vrai que j’aurai pu débuter cette histoire au lendemain de ses dix-huit ans, ou même lui en donner dix-neuf. Je crois que si j’ai justement choisi de commencer avant sa majorité légale c’est un peu par provocation. Comme son personnage l’exprime à un moment donné, ce n’est pas une date d’anniversaire ou un âge qui change grand-chose à ce que l’on est, surtout à quelques mois près. Par contre, dans le regard des autres, ça change tout. Alors, je crois que comme ce livre va choquer et déplaire à certain(e)s qui s’empresseront de juger, je me suis dit qu’un peu plus ou un peu moins… autant aller au bout des choses. À noter qu’avec des 17 ans, presque 18, Laura est certes mineure mais dans sa majorité sexuelle. Cela ne veut pas dire que je cautionne le fait de commencer très tôt des pratiques si extrêmes. Il s’agit là d’un roman. Je ne fais nullement l’apologie du BDSM. Je n’incite personne à aller plus loin, car je sais que ce monde n’est pas celui dont rêvent toutes celles qui ont fantasmé sur Christian Grey ou d’autres romances D/s. Je sais que c’est un monde qui peut être dur, très dur parfois, surtout lorsqu’on tombe sur de mauvaises personnes. Comme j’ai voulu l’exprimer dans L’Envol de L’Ange, toutes les histoires ne se terminent pas avec un Happy-End. Mais je ne parlerai pas de cela ici.

Je ne voudrais pas non plus que l’on se méprenne sur ma vision du SM. Bien sûr le sado-masochisme fait partie du BDSM, mais on peut être soumise sans être maso. On peut être dominant sans être profondément sadique. Ce n’est pas une échelle de valeur. Une soumise n’est pas meilleure soumise parce qu’elle va très loin dans l’acceptation des douleurs physiques. Je sais que certaines soumises ont tendance à se comparer, à se dire que puisqu’elles ne sont pas capables de telles ou telles pratiques, alors elles sont moins bonnes que d’autres. Ce n’est en aucun cas le message que j’ai voulu faire passer. J’ai choisi d’écrire une histoire dont la trame principale tourne autour du SM pour beaucoup de raisons, qui pour la plupart me sont très personnelles, et aussi parce que j’en avais envie, tout simplement. Je me suis abstenue d’évoquer ces pratiques dans l’Éveil et L’Envol de l’Ange, pour justement montrer que l’on pouvait avoir ce genre de relation sans aller très loin dans la douleur. Ce sont deux romans qu’on l’on peut lire si on n’aime vraiment pas le SM. Alors, comme pour trouver un équilibre, j’ai mis l’accent sur ce sujet dans Marquée au Fer. Celles et ceux qui n’aiment pas ces pratiques pourront sans regret faire l’impasse sur ce roman.

J’en reviens à ce livre qui commence enfin. Le début de ce livre à la particularité d’avoir été plus ou moins réécrit. En général, je ne reviens jamais sur mes mots, hormis quelques arrangements ou répétitions corrigées. Dans ce livre, comme je l’ai dit plus haut, j’avais prévu d’écrire sous forme de journal intime et surtout d’écrire au passé. Lorsque j’ai changé d’avis, il m’a fallu tout reprendre pour adapter le texte à une narration écrite au présent. Il m’a fallu aussi composer avec les chapitres consacrés à Hantz. D’ailleurs, les deux chroniques déjà publiées à propos de Marquée au Fer en font mention, j’ai écrit ces passages depuis le point de vu d’un narrateur extérieur à l’histoire, comme si je m’interdisais de rentrer dans la tête du maître. Ce n’était pas vraiment conscient, mais c’est tout à fait ça. Écrire ces passages en utilisant le « je » pour faire s’exprimer Hantz, j’avoue que je n’y ai pas pensé un instant. Tout naturellement, je me suis orientée vers la narration d’un point de vu externe. Difficile pour une soumise de se mettre à la place d’un maître.

Les chapitres défilent, certains ont été plus faciles à écrire que d’autres. Je précise encore une fois que ce récit n’est pas autobiographique, mais comme chaque fois, j’aime glisser çà et là des petits détails que Lui seul comprendra. Quelques lignes, juste quelques mots, un peu de nous dans une histoire qui n’est vraiment pas la nôtre, mais qui y est liée d’une certaine façon.

Tout cela pour en arriver à la dernière page. Je ne spolierai pas la fin en en parlant ici. Je parle de la page juste après, celle intitulée « Du même auteur ». J’ai beau savoir que Marquée au Fer est mon cinquième roman, voir ainsi les autres, avec les années qui s’enchaînent, me souvenir de chaque écriture, de ces choix de personnages, de ce que j’ai voulu exprimer chaque fois. De ces moments de doute, inévitables. Des heures à écrire, à me relire. À m’exciter toute seule, ou à pleurer sur certains passages. Ces lectures à hautes voix, parfois. Ces réflexions sur les titres, les couvertures… Je me souviens de ce moment où un livre n’est encore qu’un projet, et où j’en parle toujours avec beaucoup de conviction, mais aussi beaucoup de doutes. Mon Maître me laisse écrire selon mon inspiration. Il ne m’impose pas le contenu de mes livres, mais il est toujours présent pour m’écouter en parler, pour me guider quand je ne sais plus où aller, ou comment amener certaines choses. Nos échanges influencent parfois le cours de l’histoire (et cause parfois des disparitions soudaines de personnages, sourire…). Au début, il n’y a que ça, quelques idées et puis les mots s’enchaînent, un livre s’écrit, et se termine. C’est toujours beaucoup d’émotion.

En voyant cette liste encore bien petite malgré tout, j’ai repensé à tous ces moments, à tous ces personnages à qui j’ai l’impression d’avoir donné vie, et que j’ai l’impression de connaitre vraiment. J’ai réalisé la chance qui était la mienne d’avoir des lecteurs aussi merveilleux que vous. Je le constate à chaque événement, à chaque sortie de livre, à chaque salon, à chaque dédicace. C’est au-delà de tout ce que j’aurai pu imaginer et pour ça, je vous remercie tous sincèrement. Aujourd’hui, Marquée au Fer ne m’appartient plus, il est à vous, aux libraires qui oseront ou pas le mettre en vue. Un vide se crée, mon baby blues littéraire. Alors je retourne à ma place, aux pieds de mon Maître, et il suffit qu’Il me demande de quoi parlera mon prochain livre pour retrouver l’énergie et l’envie de reprendre ma plume.

Je referme ce livre et je regarde le chemin parcouru, depuis quelques lignes tremblantes sur un blog il y a déjà plus de sept ans… Un merveilleux chemin. Milles merci à toutes celles et tous ceux qui j’y ai déjà croisé.

Eva Delambre

2 Responses to “Marquée au Fer, mon cinquième roman…

  • Je veux bien être ajouté à la liste de diffusion

  • bonjour,
    « Devenir sienne » a été le premier de vos romans que j’ai lu (et relu…), ça a été un véritable plaisir de vous suivre dans votre évolution…
    Récemment, j’ai acquis « l’Envol de l’ange », un peu par hasard, parce que la couverture me plaisait, et votre nom me disait quelque chose. Je n’avais pas fait le lien…
    Je l’ai lu d’une traite, une nuit d’insomnie ! Ce dimanche matin là, j’ai fait le rapprochement et je me suis empressé d’acheter toutes vos publications sur le site de la FNAC…
    Je me suis jeté sur « l’Eveil de l’ange » dès la réception du colis et je l’ai dévoré presque avidement… Il faudra d’ailleurs que je le relise plus… calmement…
    J’en suis maintenant à « l’Esclave » que je viens de commencer et j’ai décidé d’en savoir un peu plus à votre sujet et de me permettre de vous écrire ce petit mot…
    C’est vrai, J’ai lu tout ça dans le désordre. Comme souvent je fais les choses dans ma vie…
    Mais ce qui est important dans votre oeuvre (à mon avis) c’est de lire « devenir sienne » en premier, il donne les « clés » pour la suite.
    « L’Esclave », je vais le lire plus posément. J’en suis à la page 66 et il à l’air plus complexe, sombre peut-être, c’est l’impression que j’en ai. Mais peut être est ce le thème plus dérangeant de l’esclavagisme, de la soumission totale qui m’angoisse plus…
    Je suis impatient pourtant de me jeter sur votre petit dernier, « Marquée au fer », et lire les « aventures de Laura et Hans » que j’ai déjà pu croisé dans « devenir sienne ». Je suis persuadé que vous saurez une fois de plus accaparer mon attention et mon temps quelques nuits durant…
    Vous avez du deviné que j’ai aimé tous vos livres et j’espère que vous en écrirez encore de nombreux pour mon plaisir et celui, je le suppose, de nombreux lecteurs(trices)…
    Dans cette attente, je vous prie d’accepter mes sentiments distingués.

    Alain, un lecteur…passionné…

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