La soumission dans le BDSM et les droits de la femme

Le BDSM et les droits de la femme. Des amalgames sont souvent faits entre les soumises BDSM et les « femmes soumises » pour qui la « soumission » n’est pas un choix. On m’a plusieurs fois interpellée sur le fait que mes textes étaient réducteurs envers les femmes, et qu’ils légitimaient le pouvoir de l’homme sur la femme. Qu’ils cautionnaient les actes de violences conjugales et laissaient croire qu’il était normal qu’un homme frappe une femme, et ait avec elle des rapports sexuels violents, consentis ou non. On m’a aussi dit que c’était lamentable d’en arriver là, après tout ce que les femmes avaient fait pour acquérir des droits et des libertés. Cela m’attriste profondément tant je suis attachée à la liberté des femmes.
Je profite donc de cette journée des droits de la femme pour m’exprimer à ce sujet. Tout d’abord, il s’agit bien de la journée « des droits de la femme » et non pas de la journée de la femme ou encore de la fête des femmes ! Je le précise car parfois j’ai le sentiment que cette journée s’instaure progressivement en une fête commerciale de plus, où l’on se met à offrir un petit quelque chose aux femmes en leur souhaitant une bonne journée. Alors non, cette journée n’est pas une fête. Je dirai même le contraire, car il est triste de devoir en arriver là et de devoir consacrer une journée dans l’année à tenter de rappeler que la femme est un être humain et qu’elle devrait avoir les mêmes droits que l’homme. Je mets cela au conditionnel, car nous sommes loin d’une égalité, que ce soit en droit ou en tout autre chose. Je ne pense pas uniquement à la différence de salaire entre hommes et femmes, s’il ne s’agissait que de cela, notre monde ne serait pas le même. Je pense à ces femmes violées, condamnées à épouser leurs violeurs pour ne pas déshonorer la famille, ou lapidées pour adultère si elles sont déjà mariées. Je pense à celles brulées à l’acide pour avoir refusé un mariage, je pense à toutes ces petites filles excisées et mutilées. Je pense justement à toutes les victimes de violence conjugales, physiques ou psychologiques, et à tant et tant d’autres situations qu’il me serait impossible de lister ici tant elles sont malheureusement nombreuses.
De plus en plus, même en France, je sens une régression dans nos libertés. Je ne vois plus ou très peu de femmes bronzer seins nus sur les plages, j’entends parler d’agressions de jeunes femmes en shorts. Ça semble anodin, mais quelle femme n’a jamais hésité sur une tenue à cause du regard des autres ? Pourquoi en tant que femme, devons-nous supporter les mains baladeuses dans le métro, ou les insultes lancées sur notre passage. Il n’y a pas de petit manque de respect.
La soumission dans le BDSM n’a rien à voir avec tout ça. C’est un choix et une liberté. Ce n’est en rien une régression. Une soumise s’offre à son Maître car elle libre de se donner et qu’elle assume pleinement son désir, qu’il soit sexuel ou d’une autre nature. Un Maître qui frappe sa soumise, ce n’est pas un homme qui tabasse une femme. Il administre et contrôle son geste avec Art, ayant pris le temps d’écouter et comprendre celle qui se donne à lui corps et âme. Il s’assure de sa force physique et mentale, des attentes, des limites et de son consentement. La notion de consentement fait toute la différence. Il est faux de croire qu’une soumise est faible et influençable. Il faut beaucoup de volonté et de force de caractère pour se donner ainsi, pour oser être soi en dépit des conventions et des moralisateurs. La soumission consentie est un acte de grande liberté individuelle et les amalgames qui sont faits sont des jugements que je réfute avec détermination.
Je sais que mon prochain livre va bousculer un peu certaines personnes qui ne comprendront pas que l’on puisse aller si loin, que l’on puisse aimer se donner autant. A ces personnes, j’ai juste envie de dire que ce genre de désir ne se contrôle pas, et qu’il ne devrait pas être jugée. Il s’agit d’un choix et de la liberté de faire ce que l’on veut de son corps et de son âme. Mais avant tout chose il s’agit d’un roman et pas d’une promotion de la soumission extrême. Il ouvre les portes d’un monde qui existe, dans lequel évoluent des personnages qui susciteront de l’intérêt et des émotions, peut-être de l’opposition. C’est le propre du livre et des mots que de faire réagir.
Alors en ce jour j’ai envie de dire à toutes les femmes, soumises ou dominantes, vanille ou BDSM défendons nos droits, osons faire et dire. Et pas seulement aujourd’hui.

Eva Delambre.

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